Mohamed Mbougar Sarr : des Jeux de la Francophonie au Prix Goncourt, une trajectoire littéraire remarquable
Deux reconnaissances, deux dynamiques complémentaires
Lauréat des Jeux de la Francophonie en 2017 (Littérature-Nouvelle), finaliste du Prix des 5 Continents en 2018, puis lauréat du Goncourt en 2021 : comment ces expériences ont-elles structuré votre carrière d'écrivain ?
Ce sont deux expériences assez différentes, mais je les ai surtout vécues comme des expériences collectives, même si l’écriture semble renvoyer à quelque chose d’individuel. Aux Jeux de la Francophonie, j’ai eu l’impression d’avoir soudain un rapport très direct aux autres écrivains de l’espace francophone : pas simplement via la lecture ou les échanges en ligne, mais un rapport physique, concret. J’ai pu voir leurs questionnements, leurs préoccupations. Certaines rejoignaient les miennes, d’autres étaient tout à fait différentes, et dans les deux cas c’était intéressant. J’étais beaucoup plus jeune, je venais juste de commencer mon œuvre.
Le Prix Goncourt, lui, représentait une reconnaissance plus forte, par l’histoire du prix, son éclat, son rayonnement, et ce que cela implique notamment en termes de traductions. Mais là aussi, j’ai eu l’impression d’être mis en relation avec des figures, littéraires ou non, qui trouvaient un intérêt dans l’écriture. Les deux étaient des encouragements, arrivant chacun à un moment où je cherchais une voie nouvelle dans mon travail.
Au-delà de la compétition, que représentent aujourd'hui les Jeux de la Francophonie pour les jeunes créateurs francophones ?
La compétition est importante, bien sûr, mais le plus essentiel ce sont les conversations, les liens tissés entre jeunes créateurs et sportifs francophones du monde entier. L’esprit olympique se retrouve dans ces Jeux-là. C’est le moment vécu ensemble, et c’est l’après, à travers les liens qu’on garde. Il y a quelques mois, j’ai été invité par un auteur québécois rencontré lors de ces Jeux, avec qui je suis resté en contact. Ces amitiés, ces échanges littéraires : rien de tout cela n’aurait été possible sans ces Jeux-là.
« Il y a la compétition, mais avant ou après la compétition, il y a d’abord la qualité humaine. »
Passer de candidat à juré a-t-il changé votre regard sur la création littéraire contemporaine ?
Pas vraiment. Les critères qui guident mon écriture sont les mêmes que ceux que j’applique à la lecture : la forme, la structure, la singularité, la recherche d’une voix. Que j’écrive ou que je lise, c’est la même exigence. Ce qui change en tant que juré, c’est que je dois confronter ces critères à ceux de mes collègues du jury.
Quel rôle joue spécifiquement le Prix des 5 Continents dans le rayonnement international des écrivains francophones ?
Le Prix des Cinq Continents offre une visibilité qui s’étend au-delà du monde strictement francophone. Ses lauréats, et même ses nominés, ont pu voyager, présenter leurs œuvres et être traduits. Un prix comme celui-là facilite les traductions : par son ancienneté, la qualité de son jury, sa réputation d’exigence, il devient presque un indicateur pour les éditeurs étrangers. Il permet à des auteurs dont l’œuvre était jusqu’alors confidentielle de trouver un public plus large dans d’autres langues.
Quel conseil donneriez-vous aux jeunes écrivains francophones qui souhaitent se lancer et tenter l'aventure des Jeux de la Francophonie ?
Je me méfie des conseils en littérature, parce que ce qui fonctionne pour moi ne fonctionnera pas nécessairement pour d’autres. La seule chose qui me semble assez universelle, c’est de lire beaucoup avant d’écrire. Le geste de l’écriture est très attirant, on peut avoir envie de s’y jeter tout de suite en pensant que ce qui compte c’est d’écrire. Mais avant d’écrire, il faut lire énormément.
« J’ai une statistique que je suis d’ailleurs le seul à connaître, puisque c’est moi qui l’ai inventée de toutes pièces : pour un livre écrit, il en faut à peu près cent lus avant. »
Ensuite, le destin de chacun se dessine, au fil des rencontres et des hasards. Mais le plus important quand on est écrivain, c’est d’être d’abord, et de rester, un lecteur.`
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